Le projet<<Inégalités de santé>>
De 2008 à 2012, Wellcome Trust finance un projet de recherche intitulé « Inégalités de santé dans un contexte d’urbanisation croissante en Afrique de l’Ouest » dans l’Observatoire de Population de Ouagadougou.
Objectif principal
L’objectif de ce projet est de documenter et comprendre les conditions de santé des résidants les plus vulnérables de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Les populations urbaines les plus vulnérables souffrent d’un poids de maladies élevé, sous l’effet conjugué d’une pauvreté persistante et de problèmes liés au mode de vie urbain : transition nutritionnelle, malnutrition et maladie cardiovasculaire, accidents et violences, densité et insalubrité de l’habitat, offre de soins coûteuse, stress, vieillissement, transition de la sexualité. Ce double fardeau de maladies reste peu étudié.
L’essentiel des données nécessaires à ce projet de recherche ont été collectées dans une enquête santé sur un échantillon d’individus résidents dans l’Observatoire pendant le Round 2 (n= environ 4000 individus). Certaines analyses nécessitent toutefois des données sur les événements démographiques et sur les conditions de vie des ménages collectés durant plusieurs rounds.
Objectifs spécifiques
1) Décrire et expliquer les variations de la mortalité et de la santé à Ouagadougou
a. Facteurs de risque de maladies cardiovasculaires dans une population pauvre à Ouagadougou
Dr Seni Kouanda, Institut de Recherche en Sciences de la Santé, Ouagadougou
Les maladies cardiovasculaires apparaissent de plus en plus comme une préoccupation en termes de santé dans les pays en développement. Confrontés depuis plusieurs décennies à des pathologies infectieuses dont ils ont du mal à éradiquer, ces pays doivent faire face à une émergence des maladies chroniques non transmissibles singulièrement en milieu urbain. La mise en place du système de surveillance démographique est une opportunité pour non seulement mesurer la prévalence des maladies cardiovasculaires mais aussi la distribution des facteurs de risques de ces maladies cardiovasculaires (alcoolisme, tabagisme, sédentarité, alimentation, glycémie, cholestérol, obésité) au sein de la population de l’aire du SSD, caractérisé par la pauvreté. Nous analyserons aussi les facteurs socio-démographiques et économiques qui sont associés à ces facteurs de risques de maladies cardiovasculaires.
b. Causes de décès dans une population pauvres à Ouagadougou
Géraldine Duthé, Institut National d’Etudes Démographiques, Gille Pison, Institut National d’Etudes Démographiques, Clémentine Rossier Institut Supérieur des Sciences de la Population, Ouagadougou et Institut National d’Etudes Démographiques
D’un point de vue méthodologique, la fiabilité du diagnostic des causes probables de décès par la méthode d'autopsie verbale sera menée en contrôlant différents facteurs : les caractéristiques du décès (saisonnalité…), de l’individu décédé et du répondant (lien, âge, sexe…), les circonstances de l’entretien (sexe et expérience de l’enquêteur, délai écoulé depuis le décès…) et enfin, l’environnement (zone de la ville, type d’infrastructure sanitaire…). Elle pourra porter plus spécifiquement sur les grandes causes de décès observées au sein de la population ou celles en émergence ou recrudescence, tel le paludisme qui est en outre une case peu spécifique. Cette première étude permettra de publier des premiers résultats sur la mortalité par cause à Ouagadougou.
c. Le double fardeau de la malnutrition : une analyse au niveau des ménages à Ouagadougou
Dr Augustin Zeba, Université de Montréal, en collaboration avec Hélène Delisle, Université de Montréal
Confrontés à la malnutrition qu’ils ont du mal à éradiquer, les pays pauvres doivent faire face maintenant à une émergence à l’obésité et à tous ses risques associés (maladies cardio vasculaires, diabète, ..) singulièrement en milieu urbain. Notre objectif est de mesurer la prévalence de la malnutrition et de l’obésité des individus à partir des données de l’enquête santé. Nous établirons une typologie des ménages en fonction du risque de maladies cardiovasculaire que présentent ses habitants, et la confronterons au risque de malnutrition dont peuvent souffrir par ailleurs ses membres. Cette analyse du double fardeau nutritionnel au niveau des ménages permettra d’aller plus loin que les études actuelles, qui examinent seulement les familles conjuguant mère obèse et enfants malnutris.
d. Vaccinations et autres traitements de prévention reçus par les enfants
Gille Pison, Institut National d’Etudes Démographiques, Abdramane Soura, Institut Supérieur des Sciences de la Population, Ouagadougou
Les données disponibles montrent que la mortalité chez les enfants a fluctué au cours des vingt dernières années en Afrique sub-saharienne, diminuant à certaines périodes, et stagnant ou augmentant à d’autres, ceci dans beaucoup de pays. La première raison invoquée est souvent l’épidémie de sida. Mais celle-ci n’explique pas tout, le retour d’anciennes pathologies (paludisme, tuberculose, choléra), le manque d’efficacité des systèmes sanitaires et les retournements socio-économiques sont aussi en cause. Parmi les facteurs clés des accélérations et des ralentissements de la basse de la mortalité des enfants figurent les fluctuations de la couverture vaccinale. Depuis la fin des années 1990 des journées de vaccination contre la poliomyélite ont été organisées périodiquement un peu partout dans le monde dans le cadre de l’éradication de cette maladie. En Afrique sub-saharienne, elles ont été accompagnées de distributions de vitamine A et de vaccinations ou revaccinations contre la rougeole, auxquels se sont ajoutés quelques années plus tard d’autres interventions comme des traitements de déparasitage. Les fluctuations des efforts en matière de vaccinations et de traitements de prévention chez les enfants expliquent sans doute en partie les fluctuations de leur mortalité. Nous allons le vérifier dans le cas de l’OPO : nous mesurerons à l’échelle collective les fluctuations de la couverture vaccinale. Et à l’échelle individuelle, de mettre en relation les vaccins et les traitements de prévention reçus par un enfant avec ses chances de survie.
e. Accidents et violences : une cause de morbidité très importante en Afrique subsaharienne
Gille Pison, Institut National d’Etudes Démographiques, en collaboration avec Dr Alain Levêque, Université Libre de Bruxelle
Ce problème de santé publique urbain majeur est très peu documenté en Afrique subsaharienne. Nous décrirons l’ampleur de ce problème dans le cas des populations pauvres que nous suivons à Ouagadougou. Les indicateurs collectés au travers de cette enquête visent d’une part les traumatismes non intentionnels (accidents) et d’autre part les traumatismes intentionnels (violence). En ce qui concerne les premiers, les indicateurs collectés visent à estimer le nombre de victimes de traumatismes accidentels, le type d'accident classé selon le lieu de sa survenue (maison, travail, école, …), la cause du traumatisme (chute, collision, …), la conséquence (nature de la lésion : fracture, brûlure, …), le prestataire de soins consulté, le type de soins reçus et le fait de passer ou non une nuit à l’hôpital (pour mesurer d’une certaine façon la gravité du traumatisme). Les analyses prendront en compte également le nombre de traumatismes et distinguer les individus selon qu’ils ont ou non été victimes d’un ou de plusieurs traumatismes sur la période de rappel. Pour la conséquence, le type de soins, le prestataire et la nuit à l’hôpital, c’est l’événement jugé le plus grave par la personne qui sera pris en compte. En ce qui concerne les traumatismes intentionnels, nous chercherons à estimer le nombre de victimes d’agressions et de violences dans la population générale et la distribution selon le type et l’endroit de survenue. Deux indicateurs relèvent si l’agresseur est une personne isolée ou un groupe, et si la victime connaissait ses agresseurs.
f. Dépression et vulnérabilité des populations pauvres de Ouagadougou
Géraldine Duthé, Institut National d’Etudes Démographiques, Paris
Les troubles mentaux et du comportement ne sont pas spécifiques aux pays industrialisés (OMS, 2001). Au niveau mondial, la charge de morbidité due aux troubles psychiques - les troubles dépressifs en premier - est très élevée. Depuis plusieurs décennies, des progrès importants ont été réalisés sur la standardisation de l’évaluation clinique et la fiabilité du diagnostic de la dépression. La dépression, comme la plupart des maladies psychiques, ne provient pas d’un facteur unique mais plutôt d’un ensemble de mécanismes : les facteurs biologiques qui restent assez mal connus ; les facteurs psychologiques (traumatismes de l’enfance, deuil, accident, migration…) ; et les facteurs sociaux (urbanisation, pauvreté). Dans un contexte d’urbanisation croissante, la population suivie à Ouagadougou est caractérisée par ces facteurs de risque environnementaux. Notre objectif est d’estimer l‘ampleur de ce problème de santé au sein de la population et d’identifier les facteurs qui lui sont associés (caractéristiques démographiques, sociales, économiques et environnementales. Nous nous intéresserons plus spécifiquement aux femmes, aux migrants et aux malades chroniques qui sont des populations particulièrement vulnérables vis-à-vis des troubles mentaux et du comportement (domination masculine, ruptures sociales et familiales, co-morbidité).
g. Un recours à la contraception sous estimé
Clémentine Rossier, Institut Supérieur de la Population, Ouagadougou et Institut National d’Etudes Démographiques, Paris
Le milieu urbain africain se caractérise actuellement par une transition de la sexualité : le retard au mariage des jeunes femmes s’accompagne d’une diffusion de la sexualité prémaritale ; par ailleurs, dans les unions, l’abstinence post partum a tendance à disparaître en ville. Cette augmentation de l’activité sexuelle à des périodes où les couples souhaitent éviter des grossesses augmente considérablement l’exposition aux risques de grossesses non prévues, auquel un recours à la contraception pourrait pallier. Cependant, la prévalence contraceptive mesurée dans les enquêtes reste basse : elle serait de 36,7% à Ouagadougou d’après les données du dernier EDS (2003), toutes méthodes confondues, pour les femmes en union. Suite aux résultats d’une recherche qualitative approfondie menée à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso en 2005-2009 auprès de 50 femmes, 27 hommes et 15 prestataires de santé, nous faisons l’hypothèse que la pratique contraceptive est beaucoup plus élevée que ne le laissent à penser les chiffres des EDS. En effet, l’utilisation des méthodes naturelles (qui restent les plus prisées à Ouagadougou avant le mariage et en début de vie féconde), ne sont capturés que partiellement par le questionnaire actuel de l’EDS. Notre objectif est de tester une nouvelle formulation pour des réponses plus complètes, de manière à révéler toute l’importance du recours aux méthodes naturelles dans le contexte urbain africain. De tels résultats ont des implications très importantes pour l’orientation des politiques de planning familiales, orientées aujourd’hui presque exclusivement vers les méthodes hormonales.
h. Fécondité non planifiée et conséquences sur la santé
Cheik Mbacke, consultant Sénégal, Clémentine Rossier, Institut Supérieur de la Population, Ouagadougou et Institut National d’Etudes Démographiques, Paris
Il a été montré, dans les pays du Nord, que les grossesses non planifiées donnent naissance à des enfants en moins bonne santé (durée de gestation, poids à la naissance), et que les enfants issus de ces grossesses non planifiée ont par la suite des indicateurs de santé moins bons. Nous chercherons à tester ce résultat dans le cas des populations suivies dans l’Observatoire de Ouagadougou. Nous connaissons le statut « planifié ou non » de chaque naissance passée, ainsi que de toutes les naissances ayant lieu, ainsi que, pour chaque enfant, ses vaccinations et son éventuel décès. Nous mettrons également à contribution les données de l’enquête santé (épisodes morbides d’un échantillon d’enfant dans les 15 derniers jours) et étudieront la morbidité et l’accès aux soins en fonction du statut de la naissance. Dans un deuxième temps, nous étudierons dans quelle mesure les femmes qui ont des intentions de fécondité négatives ou positive réussissent à réaliser leurs intentions dans un certain délai ; les caractéristiques associées à la survenue de grossesses non planifiées seront examinés.
